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Adil Rami, la mémoire courte et l’opportunisme mal assumé  (par Momar Alice NIANG, journaliste)


Rédigé par leral.net le Samedi 24 Janvier 2026 à 20:41 | | 0 commentaire(s)|

Il est des silences qui honorent, et des prises de parole qui trahissent. La récente sortie d’Adil Rami sur l’entraîneur du Sénégal relève clairement de la seconde catégorie. Car derrière la critique sportive mal fondée se cache une démarche bien plus trouble : celle d’un homme en quête de reconnaissance tardive, qui croit pouvoir se racheter une image en s’attaquant à plus digne que lui.

Il faut le rappeler sans détour : quand Adil Rami a choisi de jouer pour la France plutôt que pour le Maroc, ce choix a été respecté. Personne ne l’a insulté, personne ne l’a traîné dans la boue. Le Maroc, avec maturité, est passé à autre chose. Le football, parfois, exige des décisions personnelles, et celles-ci ont été acceptées.

Mais aujourd’hui, vouloir sauter sur une finale de CAN pour espérer regagner une forme d’affection ou de pardon symbolique d’un public marocain blessé par ce choix passé, est une manœuvre aussi transparente que maladroite.
On ne se rachète pas sur le dos des autres
Si Adil Rami pense qu’en attaquant le sélectionneur du Sénégal il se rapprochera du cœur du peuple marocain, il se trompe lourdement. Dans ses propos, il insiste : « je ne m’attaque pas aux Sénégalais, mais au sélectionneur ». Mais ce raisonnement ignore une réalité simple : Pape Thiaw n’a qu’une seule nationalité, sénégalaise. S’attaquer à lui, c’est s’attaquer au Sénégal dans son ensemble. Toute tentative de dissocier le sélectionneur de son pays est non seulement malhonnête, mais aussi révélatrice d’une lecture simpliste et opportuniste des événements.

Le sélectionneur n’est ni un outil de communication, ni un tremplin émotionnel, encore moins un objet que l’on utilise pour régler ses propres frustrations identitaires ou médiatiques.
Le Sénégal n’est pas une “serviette”… ni à voler
S’attaquer à l’entraîneur sénégalais avec ce mépris à peine voilé, c’est tenter de l’utiliser comme une serviette : on s’en sert pour s’essuyer, puis on la jette, comme si elle n’avait ni dignité ni valeur propre. Et qu’on se comprenne bien : il ne s’agit pas de ces serviettes que certains ramasseurs marocains ont volées lors du match, saisies au passage pour un usage personnel. Le Sénégal n’est pas un objet qu’on subtilise pour ses propres fins, et son entraîneur n’est pas un accessoire de vestiaire que l’on agit pour se refaire une image ou capter un peu de popularité.
Les serviettes volées servent ceux qui n’ont ni patience ni légitimité.

Les entraîneurs champions d’Afrique, eux, servent l’histoire.

Une posture indigne du débat sportif

Le plus dérangeant n’est pas la critique en elle-même, mais la posture. Donner des leçons de gestion émotionnelle quand on n’a jamais porté une équipe nationale à bout de bras dans une finale, quand on n’a jamais été décisionnaire sur le terrain dans un rendez-vous de cette ampleur, relève d’une arrogance médiatique déconnectée des faits.

On ne construit pas une légitimité en parlant fort.

On ne reconstruit pas une histoire en piétinant celle des autres.
L’histoire ne blanchit pas les calculs

Le Sénégal est champion d’Afrique.

Son entraîneur a gagné par le travail, la pression assumée et le résultat.

Adil Rami, lui, ferait mieux de comprendre une chose simple : le respect ne s’arrache pas par la polémique, et encore moins en tentant d’utiliser le succès des autres comme une éponge pour ses propres zones d’ombre.

Adama Sall (Saint-Louis)

Mame Fatou Kebe